Fiorella Granda : L’ancienne joueuse de basketball des Varsity Blues de derrière le premier terrain de la WNBA au Canada
Par Gabrielle Reed
À l’automne 2023, une foule réunie à Toronto a été témoin d’une première au Canada : le tout premier terrain extérieur de la WBNA au pays. Dans le secteur de Riverdale, les jeunes filles se sont rassemblées pour jouer dans un nouvel espace couvert d’œuvres d’art conçues pour servir de miroir à leurs rêves de basketball.
Debout au centre se tenait l’ancienne joueuse de U SPORTS des Varsity Blues de l’Université de Toronto Fiorella Granda, l’illustratrice et conceptrice choisie par la WNBA et NBA Canada pour diriger la création de ce projet historique.
Le terrain, nommé The W Club, est instantanément devenu un point de repère. Les couleurs vives sont incurvées dans l’asphalte, tout comme des moments iconiques du basketball féminin canadien qui sont peints entre les lignes des trois points. Le terrain célèbre la culture du basketball féminin tout en honorant les joueuses, les pionnières et les communautés qui l’ont façonnée.
« Ça voulait capter l’amour et l'enthousiasme des partisans de basketball de Toronto, indique Granda. Nous souhaitions que la WNBA prenne de l’expansion au Canada et il semblerait que notre plan a fonctionné ».
Dès le printemps 2026, le Tempo de Toronto disputera sa saison inaugurale dans la WNBA. Cela survient dans la foulée du succès du match préparatoire présenté devant une salle comble entre le Lynx du Minnesota et le Sky de Chicago au Scotiabank Arena, en mai 2023.
Le Tempo marquera une nouvelle ère pour le basketball féminin au Canada et sera dirigé par l’entraîneure-chef Sandy Brondello, alors que les matchs à domicile seront présentés au Coca-Cola Coliseum de Toronto.
En tant que chef de la créativité du projet, Granda a dirigé une équipe complète en portant sa vision 2D en un espace dynamique en 3D, mélangeant les zones de performance à une expression artistique pour créer un terrain qui était autant fonctionnel que symbolique. Le dévoilement a attiré l’attention des médias nationaux.
Le travail sur le court n’était toutefois que le début des répercussions à plus grande échelle de Granda sur le sport féminin au Canada.
Elle est désormais illustratrice, conceptrice et créatrice de contenu à temps plein, basée à Toronto, reconnue pour son travail de création qui souligne le croisement entre le sport et le design, qui font tous les deux grandement partie de la vie de Granda depuis son tout jeune âge.
Sa mère a fait partie de l’équipe nationale de basketball du Pérou et son grand-père était architecte. En grandissant entre ces deux mondes, sa future carrière semblait déjà être tracée alors qu’elle a suivi leurs pas.
En 2019, elle a décidé d’aller à l’Université de Toronto pour obtenir un baccalauréat en architecture, tout en s’alignant avec l’équipe de basketball féminin des Varsity Blues.
« La plupart de mes projets d’infrastructure sont en quelque sorte reliés au sport, dit-elle. J’ai même rédigé ma thèse sur l’offre de sports et de loisirs aux communautés marginalisées au Pérou. Cette curiosité a toujours été là et c’est incroyable de voir ce que c’est devenu aujourd’hui ».
Cette curiosité l’a éventuellement menée vers son travail sur The W Club et a déclenché un virage dans son parcours professionnel.
« Après avoir terminé ma carrière d’étudiante-athlète, je sentais qu’il manquait une grande partie de moi, alors j’ai commencé à publier des œuvres d’art reliées au sport sur les médias sociaux, sans grandes attentes ».
À ce moment, Granda travaillait à temps plein dans une firme d’architecture, tout en continuant de publier son art dans ses temps libres pour une petite audience en ligne et en se questionnant à savoir où était sa place. L’appel à tous pour la conception du terrain de la WNBA aurait facilement pu lui échapper.
« J’étais exténuée et incertaine de vouloir prendre quelque chose de plus, rappelle-t-elle. Toutefois, les gens me l’envoyaient sans cesse. Jess, une de mes amies proches, m’a dit "Tu dois le faire. Tu es la personne parfaite pour ça!" ».
Elle a fait de la place dans son horaire au cours du long weekend de la fête du Canada et a créé un concept qui pourrait devenir un jalon dans l’histoire du basketball canadien.
Cette œuvre d’art présente des références à la première vedette féminine canadienne du basketball et du « dunk », Kia Nurse, et à la communauté qui a joué sur ce terrain pendant des années. Le jour du dévoilement, Granda a pu voir en personne l’influence positive de son travail.
« Au dévoilement, plusieurs jeunes filles sont venues me voir pour me dire qu’elles allaient jouer au basketball, elle aussi, a-t-elle mentionné. Je crois fermement que la représentation a une véritable importance ».
Pour Granda, le projet avait autant un aspect de validation que de transformation, preuve que la discipline et la résilience qu’elle a bâties comme étudiante-athlète de U SPORTS pouvaient se transposer directement dans ses propres succès de création et d'entrepreneuriat. En 2024, elle a fait le saut comme travailleuse autonome à temps plein.
« Être pigiste signifie que je gère ma propre compagnie, souligne-t-elle. J’apporte la même ténacité que j’avais au basketball et à l’Université de Toronto dans le travail que je fais aujourd’hui. Je ne pense pas que je serais ici aujourd’hui sans le basketball ».
La rigueur de la compétition de U SPORTS, jumelée à l’environnement académique exigeant, influence toujours sa façon d’approcher les échéances, les relations avec les clients et la direction créative.
« L’Université de Toronto est tellement un environnement académique rempli de défis, a dit Granda. Si tu ne peux pas passer à travers comme étudiante-athlète, tu ne pourras rien traverser ».
Son expérience universitaire a également façonné sa manière de gérer les commentaires, une chose essentielle à sa carrière de création.
« J’ai toujours été conditionnée à accepter les commentaires, que ce soit utile ou non, assure-t-elle. Quand je travaille avec des clients, je leur dis toujours d’être honnêtes. Ça ne me blessera pas. »
Au fil de l’évolution de sa carrière, Granda s’est davantage concentrée sur l’importance de la représentation des femmes dans le sport, quelque chose dont elle était consciente avant de faire son entrée dans l’industrie créative.
« J’ai ressenti cette divergence toute ma vie », a-t-elle admis.
Granda a aussi vu comment les femmes dans le sport transportent des qualités de leadership dans leurs carrières.
« Selon une statistique, plus de la moitié des femmes chefs de la direction ont été des étudiantes-athlètes. Elle parle d’elle-même », note-t-elle, faisant référence à un sondage mené en 2023 par Deloitte.
La recherche a démontré que près de 70 % des femmes touchant un revenu élevé dans un poste de direction ont pratiqué un sport de compétition.
Elle dit que son travail vise à activement aller à l’encontre des modèles de marketing qui pourraient historiquement avoir traité les femmes comme n’étant pas des priorités dans le sport.
« L’objectif avec mon travail est de rendre le sport plus inclusif grâce à l’art, dit-elle. Les marques qui ont investi dans les femmes avec bienveillance peuvent aider à faire croître les sports féminins ».
L’enthousiasme autour du sport féminin au Canada a été visible chez les partisans de nouvelles ligues, comme la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF), la Super Ligue du Nord (SLN) et l’équipe de Toronto dans la WNBA.
La LPHF a déjà dépassé le million de partisans dans ses estrades depuis son lancement, démontrant un rythme solide et durable. Le soccer féminin vit un changement semblable, alors que la SLN a vu plus de deux millions de partisans assister à des matchs de la saison régulière pour la première fois et a attiré des téléspectateurs sur les chaînes de diffusion importantes. La croissance s’étend au basketball féminin, où le fort soutien de Toronto dans les matchs hors-concours de la WNBA a aidé à paver la voie pour la première concession de la ligue à l’extérieur des États-Unis.
Granda, qui a collaboré avec le Tempo et qui est apparue dans la campagne « Promouvoir les ambitions » de la CIBC, voit ce progrès dans le cadre d’une plus grande transformation culturelle.
« De jouer un rôle pour façonner le sport féminin au Canada a été gratifiant et épanouissant », a-t-elle admis.
Même alors qu’elle crée sa propre voie, Granda reste consciente que les jeunes femmes la regardent, particulièrement celles qui composent avec la vie après une carrière au sein de U SPORTS.
« Je n’ai jamais cru que je serais une entrepreneure, a-t-elle dit. Chaque fois que j’y ai pensé, je me suis convaincue que ce n’était pas possible ».
Aujourd’hui, son message est clair : « Si je n’avais qu’une chose à dire à la prochaine génération, ce serait de prendre les plus grands risques possibles. Vous avez toute votre vie pour bâtir la carrière que vous désirez. Si vous devez travailler pendant des décennies, aussi bien faire quelque chose qui vous plaît ».
Selon Granda, son art est « dynamique, énergique, rétro et vivant », ce qui reflète le mouvement, la culture et le sport qu’elle aime.
Et sur ce terrain de Toronto, où les couleurs vives rencontrent les lignes du terrain, la prochaine génération s’échauffe déjà. Elle court sur une toile qui leur dit, tout simplement en existant, qu’elle y a sa place.
