Après quatre décennies, Ken Bentley est toujours un pilier de l’équipe féminine de volleyball des Bisons
Ken Bentley affirme ne pas réaliser qu’il travaille depuis quarante ans comme entraîneur-chef du programme féminin de volleyball des Bisons de l’Université du Manitoba.
« Quand quelqu’un me demande depuis combien de temps je suis ici et que je réponds “C’est ma 40e année”, je ne peux m’empêcher de rire, admet Bentley. C’est agréable, de façon remarquable, mais c’est aussi un peu drôle ».
Le parcours de Bentley dans le sport s’est amorcé bien avant les championnats, les gymnases bondés ou les titres nationaux. Il a commencé dans un cours d’éducation physique en cinquième année, où le volleyball a immédiatement attiré son attention.
« J’ai tout simplement aimé ça. Je m’en souviens comme si c’était hier », dit-il.
À partir de là, Bentley se trouvait rarement loin du gym, jouant sur l’heure du midi, restant après les entraînements scolaires et bâtissant des amitiés qui ont pris racine dans le sport. Dans sa jeunesse, il faisait aussi des courses de motocross, une quête individuelle qu’il suit encore de près, mais le fait que le volleyball dépend du travail d’équipe l’interpellait davantage.
« J’aimais beaucoup que le fait d’être une équipe soit essentiel pour avoir du succès au volleyball. Toutes mes amitiés sont nées de ce sport », souligne-t-il.
Un poste d’entraîneur n’a toutefois jamais fait partie du plan. Bentley était en 12e année quand un professeur d’éducation physique lui a demandé s’il voulait entraîner une équipe de filles. Il a accepté tout simplement pour avoir l’occasion de passer plus de temps dans le gymnase.
« Je n’en savais pas beaucoup sur le travail d’entraîneur, admet Bentley. Force est d’admettre que je gravitais quand même dans cette direction ».
Cette passion, combinée à la persévérance, a façonné une carrière qui allait devenir synonyme du volleyball féminin au Manitoba. Après quatre ans à travailler auprès d’un entraîneur mentor à l’Université de Winnipeg, Bentley s’est retrouvé au bon endroit au bon moment quand un poste s’est affiché chez les Bisons à la fin de l’été 1986.
« J’ai été très chanceux de décrocher l’emploi, sans blague, dit-il. J’étais au bon endroit, au bon moment ».
Le sport et son environnement ont radicalement changé depuis. Bentley se souvient d’une ère où le volleyball était toujours en quête de notoriété et de structures d’encadrement professionnel et avait moins de voies de développement. Quatre décennies plus tard, il voit un système plus fort que jamais.
« Le niveau de jeu, des athlètes et des entraîneurs n’a jamais été aussi solide », dit-il.
Maintenir le succès aussi longtemps a nécessité une constante évolution. Bentley est candide quand il parle des hauts et des bas qui accompagnent une carrière qui s’étale sur des décennies.
« Ça ne serait pas sérieux pour moi de dire que ces 40 ans ont été un long fleuve tranquille, confie-t-il. Chaque entraîneur passe à travers des moments difficiles ».
Ces moments, dit-il, sont devenus des occasions de croissance, tant sur le plan professionnel que personnel. Une des plus grandes leçons est survenue grâce à l’apprentissage de l’importance de prendre soin de soi, un changement par rapport aux premières années quand il entraînait toute l’année sans prendre de pause.
« J’ai appris qu’il est très important de s’arrêter et de récupérer émotionnellement et mentalement. Ça m’a permis de devenir un bien meilleur entraîneur », dit-il.
Cet état d’esprit se répand désormais également à ses athlètes. Bentley croit fortement aux cycles, à des saisons qui se terminent clairement afin que la nouvelle commence avec une concentration renouvelée et une préparation émotionnelle.
« Il faut y mettre fin pour pouvoir avoir un nouveau début », mentionne-t-il.
L’approche a été payante l’an passé, quand les Bisons ont remporté le championnat national sur leur propre terrain devant une foule tonitruante, marquant le premier titre du programme depuis 2014.
« Je ne crois pas pouvoir trouver les mots pour décrire cette ambiance. On n’aurait pas pu avoir une seule personne de plus sur place », se rappelle-t-il.
Incapable de diriger pleinement son équipe verbalement dans tout ce bruit, Bentley s’est fié à la préparation et à un message simple à son équipe.
« Jouons le match, pas le moment », leur a-t-il dit.
C’est ce qu’elles ont fait, faisant l’étalage d’années d’entraînement, de calme et d’expérience partagée. Bentley a attribué la victoire non seulement aux athlètes, mais à la communauté qui a rempli le gymnase.
« Ça représentait un bon karma. Le volleyball est une pièce maîtresse de notre communauté », explique-t-il.
Bentley décrit sa philosophie d’entraîneur comme étant « ferme, mais juste », ancrée dans l’excellence technique, la préparation et l’intention. Il compare le développement de l’équipe à la construction d’une maison.
« Si vous construisez une maison avec une fondation faible, tout va s’écrouler aux premiers signes de mauvais temps », dit-il.
Au fil du temps, sa philosophie s’est adoucie dans un secteur clé : l’émotion. Étant jadis un strict défenseur du contrôle des émotions, Bentley dit qu’il encourage aujourd’hui les joueuses à jouer avec émotion, et non émotionnellement.
C’est là l’une des nombreuses évolutions qui lui ont permis de toujours avoir l’énergie et d’être profondément investi après quatre décennies derrière le banc. Bentley dit qu’il cherche toujours à évoluer, à travers les cliniques, les vidéos et les conversations et à retirer une fierté d’apprendre de ses athlètes autant que de leur enseigner.
« On apprend comment travailler, persévérer, comment échouer et découvrir que ce n’est pas la fin du monde. C’est ce qui reste en soi », conclut-il.
