LES ENTREVUES DE LA 50E COUPE VANIER: Patrice Aubriot & Ali Ajram, Université d’Ottawa (2000)
Lors de la 36e Coupe Vanier, les Gee-Gees d’Ottawa ont célébré le 25e anniversaire de leur première conquête du titre canadien avec une spectaculaire victoire de 42-39 sur les Rams de Regina au SkyDome à Toronto. Il s’agissait du plus grand nombre de points marqués lors d’une Coupe Vanier se terminant en temps règlementaire – deuxième au total – et de la première finale de l’USIC disputée au mois de décembre (2 décembre). Le receveur Patrice Aubriot et le porteur de ballon Ali Ajram furent des éléments importants de ce triomphe face aux Rams, qui en ont surpris plus d’un en 2000 en atteignant le match de championnat à leur deuxième année seulement sur le circuit.
LES ENTREVUES DE LA 50E COUPE VANIER: 2000
Une conversation avec...
Patrice Aubriot, receveur & Ali Ajram, porteur de ballon
Gee-Gees de l’Université d’Ottawa
Lors de la 36e Coupe Vanier, les Gee-Gees d’Ottawa ont célébré le 25e anniversaire de leur première conquête du titre canadien avec une spectaculaire victoire de 42-39 sur les Rams de Regina au SkyDome à Toronto. Il s’agissait du plus grand nombre de points marqués lors d’une Coupe Vanier se terminant en temps règlementaire – deuxième au total – et de la première finale de l’USIC disputée au mois de décembre (2 décembre). Le receveur Patrice Aubriot et le porteur de ballon Ali Ajram furent des éléments importants de ce triomphe face aux Rams, qui en ont surpris plus d’un en 2000 en atteignant le match de championnat à leur deuxième année seulement sur le circuit.
Jamais autant de points n’avaient été marqués lors d’une Coupe Vanier décidée en temps règlementaire. Est-ce que ce style de jeu rend le match plus excitant pour les joueurs?
PA: Absolument. Nous avons été en mesure de distribuer le ballon à plusieurs joueurs différents en offensive, incluant Mike DiBattista, Darryl Ray, Jeremy White, Nathan Thompson, Maxime Dufault, Michael Shaver, Alexandre Mathieu, et Ali. Quand on y repense, nous avions la meilleure défensive au Canada cette année-là. Nous avions accordé le moins de points au pays, et par une bonne marge. Grâce au brio de notre défensive, nos adversaires ne restaient pas longtemps sur le terrain. Ceci étant, les Rams étaient bien outillés à l’attaque eux aussi : Darryl Leason, Jason Clermont et Neal Hughes.
(Note: En 2000, les Gee-Gees avaient alloué seulement 79 points en 11 matchs à l’aube de la Coupe Vanier (7,2 points par match), incluant un ridicule total de 52 points en huit parties en saison régulière (6,5). À titre comparatif, les Rams étaient classés 22es parmi les 24 équipes de l’USIC avec une moyenne de 35,1 points accordés par affrontement et en avaient alloué 90 de plus à leurs trois premiers duels éliminatoires)
Parlez-nous du touché que vous avez marqué.
AA: Pendant les visionnements de film, nous avions confiance que le jeu appelé sur mon touché allait fonctionner, car un de leurs secondeurs n’était pas très imposant physiquement et leurs ailiers défensifs étaient très agressifs. Dès le début du jeu, ce fut pratiquement un sprint vers la zone des buts contre leur demi défensif, car les blocs de mes coéquipiers étaient impeccables.
(Note: Ajram, qui a terminé la rencontre avec 51 verges par la course en six portées, a marqué sur une course de 15 verges cinq minutes avant la fin de la première demie pour porter le pointage à 28-10 en faveur des Gee-Gees. Ottawa devait ajouter un touché avant la mi-temps pour rentrer au vestiaire avec une confortable avance de 35-10)
Quel est votre principal souvenir du match comme tel?
PA: J’ai joué avec de nombreux joueurs talentueux à l’attaque. Lors de la Coupe Vanier, on m’a remis le ballon deux fois sur des jeux renversés. Les deux jeux ont si bien fonctionné que j’avais l’impression de courir au ralenti. La principale raison est que je n’avais qu’à suivre nos deux excellents gardes -- Luc Gilbert et Jocelyn Frenette. Ces deux jeux ont mené à des premiers essais et la foule était en délire. À cette étape de ma carrière, j’avais disputé de nombreux matchs et j’avais gagné beaucoup de premiers essais. Mais réussir des jeux à la Coupe Vanier est une toute autre expérience. Je n’oublierai jamais cette sensation.
(Note: Aubriot avait amassé 23 verges sur ces deux courses et avait également capté deux passes pour des gains de 19 verges. Frenette allait connaître une carrière de 10 saisons dans la LCF avec les Roughriders de la Saskatchewan)
Quel fut le jeu clé du match selon vous?
PA: Un jeu sur les unités spéciales, sans le moindre doute. Vers la fin du match, les Rams ont tenté un placement qui aurait réduit l’écart à un touché. Pat Paradis, un ailier défensif, avait touché au ballon et l’avait fait dévier à l’extérieur des poteaux. C’était très subtil, tout le monde ne s’en était pas aperçu, mais ce fut peut-être la différence entre la victoire et la défaite.
AA: Je dirais Frantz Jacques, notre demi de coin, qui a effectué tout un jeu contre un de leurs receveurs éloignés pour protéger notre avance; un des jeux les plus athlétiques de cette saison-là.
(Note: Le jeu clé de Paradis sur les unités spéciales est survenu sur une tentative de 37 verges du botteur recrue Jon Ryan, qui dispute présentement sa neuvième saison dans la LNF et qui a aidé les Seahawks de Seattle à remporter le Super Bowl en février dernier)
Est-il survenu quelque chose d’inhabituel ou hors de l’ordinaire pendant le match ou pendant la semaine?
AA: Lors de notre toute première série à l’attaque, la remise s’est produite trop rapidement et le ballon est passé à côté de notre quart-arrière Phil Côté et de moi pour rouler dans le champ arrière. Phil a récupéré le ballon, s’est déplacé à sa gauche, puis à sa droite, puis a finalement rejoint Jeremy White pour un gain de 25 verges.
Vous avez participé à deux Coupes Vanier, en 1997 et 2000. Quelle fut la différence entre la première, à votre première année avec l’équipe, et gagner à votre dernière saison?
PA: La route vers la Coupe Vanier peut être difficile physiquement. L’équipe de 1997 avait dû passer à travers la Coupe Churchill contre Waterloo, que plusieurs considèrent encore à ce jour comme l’un des cinq meilleurs matchs dans l’histoire du football de SIC. Il y avait également eu une débâcle avec la mascotte lors de ce match, il fallait y être pour le croire. Plusieurs joueurs n’avaient pas été en mesure de participer à la Coupe Vanier en 1997 en raison de blessures subies contre Waterloo, et plusieurs autres n’avaient pas terminé le match de la Coupe Vanier. En 2000, nous avions eu la chance de compter sur un groupe en santé, sur un bon mélange de vétérans et de jeunes joueurs de talent, ainsi que sur la sagesse des entraîneurs et de sept joueurs qui avaient pris part à la Coupe Vanier en 1997.
(Note: Les Gee-Gees avaient battu Waterloo par 44-37 à domicile lors de la Coupe Churchill en 1997, avant de s’incliner par 39-23 face à UBC à la Coupe Vanier)
Parlez-nous des événements qui ont précédé la Coupe Vanier en 2000.
PA: J’ai eu le privilège de jouer pendant quatre ans avec le quart-arrière Phil Côté, gagnant du trophée Hec Crighton. Il était un joueur extraordinaire et le leader de notre offensive. Mais pendant notre duel face à Laval en finale de conférence, il avait été blessé et avait dû quitter le match. Notre quart substitut, James Baker, l’avait remplacé et avait fait taire la foule de Québec. James a poursuivi son bon travail lors de la Coupe Churchill contre McMaster à Hamilton et nous a menés à la Coupe Vanier. Grâce à James, Phil a pu revenir au jeu et nous mener à la victoire contre Regina.
(Note: Baker avait mené Ottawa à un gain de 26-9 sur Laval en finale de la CFIOQ et à une victoire de 20-15 contre McMaster à la Coupe Churchill. Côté, qui avait mérité le trophée Hec Crighton en 1999, a été nommé joueur le plus utile de la Coupe Vanier en 2000, qui se voulait le dernier match de sa carrière universitaire, après avoir complété 16 de ses 18 passes pour des gains de 275 verges, trois touchés et aucune interception, en plus de mener l’équipe avec 91 verges au sol et un majeur en 14 courses)
Les entraîneurs ont-ils changé quoi que ce soit dans la routine habituelle dans la préparation pour le match?
PA: La veille du match, Marcel Bellefeuille, notre entraîneur-chef, nous a donné la chance, à moi et à quelques autres vétérans, de nous adresser au groupe. Je disais toujours à Marcel qu’à chaque fois que je prenais la parole avec un match, on gagnait. Marcel était manifestement septique car il a répondu, « C’est facile à dire Pat, quand tu n’as perdu que cinq fois en saison régulière en quatre ans avec l’équipe ». J’étais le dernier à prendre la parole. Ce fut très émotif et j’avais vraiment l’impression d’avoir eu un impact sur l’équipe.
Après les discours des vétérans, Marcel a fait entrer Don Gilbert, l’entraîneur-chef qui avait mené les Gee-Gees à la conquête de la Coupe Vanier en 1975. M. Gilbert était retraité et c’était un homme très respecté. Il a prononcé un discours mémorable. Après son discours, nous aurions été prêts à passer à travers un mur pour gagner la Coupe. Mais la meilleure partie est survenue à la fin de son discours. Il a baissé son pantalon et nous a montré le tattoo des Gee-Gees qu’il avait fait faire sur son derrière suite à la victoire de 1975. C’est la dernière chose à laquelle nous nous attendions de la part de cet homme si honorable qui se tenait devant nous vêtu d’un habit. C’était hilarant.
Quel est votre principal souvenir de la semaine de la Coupe Vanier et de l’expérience en général?
PA: Mon co-chambreur à Toronto était Phil Côté. Nous étions coéquipiers depuis notre participation à la Coupe Vanier en 1997 et étions tous les deux étudiant en commerce. Nous étions très bons amis et c’est encore le cas aujourd’hui. Nous avions aussi deux professeurs exceptionnels qui assistaient à tous nos matchs. Le genre de professeurs que vous écoutiez religieusement en classe, ils étaient si bons que ça. Quinze ans plus tard, Normand Fortier et Clinton Archibald demeurent de bons amis et des mentors pour moi.
AA: Comme je suis originaire de Toronto, le fait
d’être annoncé avec notre unité offensive
à notre entrée sur le terrain devant mes amis, ma
famille et d’anciens entraîneurs, c’était
incroyable. Je n’oublierai jamais la sensation de les avoir
tous vus au match, même pendant
l’échauffement.
Comment avez-vous réagi - vous personnellement et l’équipe - au stade et à la foule?
PA: Nous étions habitués aux foules bruyantes en raison de nos nombreux matchs disputés à Québec contre Laval. Mais le SkyDome est gros. Même comme vétéran, je me souviens d’avoir été impressionné et excité.
AA: Nous étions bien préparés puisque nous avions affronté Laval sur son terrain en séries. Avant la Coupe Dunsmore, nous avions fait jouer de la musique à tue-tête pendant les pratiques et ça avait beaucoup aidé. Au SkyDome, la foule était de notre côté, alors c’était encore plus motivant!
Quels sont vos souvenirs des célébrations d’après-match sur le terrain et/ou dans le vestiaire?
AA: J’ai de très bons souvenirs des célébrations sur le terrain, d’avoir été parmi les capitaines qui avions reçu la Coupe Vanier, et aussi d’Adam Maheu qui était venu nous rejoindre sur la scène. Adam avait subi une sérieuse blessure au cou qui avait mis fin à sa carrière pendant la saison et nous avions une motivation supplémentaire en 2000: gagner la Coupe Vanier pour le numéro 80.
PA: Une fois le match terminé, je me suis couché à la ligne de 50 verges et j’ai appelé ma mère et mon père à Montréal. Je les ai remerciés pour tout leur soutien dans mes études et je me souviens que mon père m’avait chicané car nous avions failli échapper le match. Une fois de retour au vestiaire, notre directeur des sports, Luc Gélineau, avait apporté deux caisses remplies de champagne. On avait arrosé tout le vestiaire. C’était fantastique et on se croyait comme une équipe professionnelle à la télé.
Comment avez-vous célébré à votre retour à Ottawa?
AA: Nos commanditaires avait organisé une fête pour la Coupe Vanier et ce fut une soirée mémorable. Nous avions également été honorés à l’hôtel de ville avec la Journée des Gee-Gees d’Ottawa.
À quelle fréquence vous remémorez-vous cette victoire à la Coupe Vanier?
PA: Aussi souvent que j’en ai la chance, c’était tellement spécial. Les chances pour un joueur universitaire d’atteindre la Coupe Vanier et de l’emporter sont tellement minces, on doit savourer chaque instant. C’est comme gagner à la loterie. Go Gee-Gees!
Comment cette victoire à la Coupe Vanier a-t-elle affecté la façon dont vous mené aujourd’hui votre carrière?
PA: C’était le dernier match de ma carrière universitaire de quatre ans. Terminer sur une bonne note est génial. La route est tellement longue vers la Coupe Vanier, il y a tout le travail d’équipe, les efforts, le leadership, ce sont des leçons qui vous servent ensuite pendant toute votre vie. Ça m’a fait comprendre que personne ne peut m’enlever ça. Les joueurs de football sont déterminés, ils n’arrêtent jamais, ils veulent gagner. Ça vaut de l’or sur le marché du travail.
AA: J’ai appris l’engagement et j’ai compris que faire quelque chose jusqu’au bout est la seule vraie mesure du succès. La philosophie du football et la philosophie du monde des affaires sont une seule et même chose. Je mets en pratique dans mon travail ce que j’ai appris lors de mon passage chez les Gee-Gees. Telle est la véritable essence du football, être un champion et suivre cette philosophie.
